Elina Barbereau témoigne

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Retour sur « 1001 jours d’un cauchemar irréel »

Elina Barbereau vit à La Marne. Institutrice et correspondante Ouest-France, elle est aussi la soeur de Yoann, privé de liberté en Russie pendant deux ans, libre depuis dix jours.

Témoignage

« C’est le moment pour moi de tenter quelque chose. Respire un grand coup avant de lire le message qui suit et isole-toi. Je sors à l’instant de l’ambassade. J’ai besoin de calme et de sérénité, et de plusieurs jours. Ne changez rien à vos plans (médiatiques) tant que tout va bien pour moi. Reste très discrète. Vois à qui tu en parles à ce stade. Essaie de garder cette info un maximum pour toi. Je vais te donner des informations régulières. Si plus de nouvelles, c’est que j’ai été pris. Votre rôle sera alors de prévenir le cabinet du ministère des Affaires étrangères. »

C’est dans sa maison de La Marne, dans le Pays de Retz, qu’Elina Barbereau reçoit, il y a quelques jours, ce message crypté de son frère (1). S’ensuivent de longues heures d’inquiétude. « Je sais que Yoann a un mental hors du commun et une capacité d’analyse hors-norme. Il avait déjà montré qu’il était capable de parcourir les 5000km qui séparent Irkoutsk à Moscou, se remémore-t-elle. Mais là, on sait qu’il y a une frontière très surveillée à traverser. C’est très angoissant. »

« J’ai gagné, on a gagné ! »

Cette semaine-là, Elina a prévu d’enchaîner les entretiens dans les médias avec son père, Bernard : RMC,Europe 1, etc. La famille, ainsi que le comité de soutien, entend profiter de la diffusion, jeudi 9 novembre, d’un documentaire très fouillé du journaliste Tristan Waleckx dans Envoyé spécial pour attirer la lumière sur le sort de Yoann, coincé en Russie depuis son arrestation le 11 février 2015 (lire ci-dessous).

« Yoann savait aussi qu’il y avait ce reportage. Il a prévu son évasion à cause de ça. Il savait que s’il était capturé, on en parlerait dans les médias », confie Elina Barbereau. Mais il réussit son pari fou. « Un matin, il m’a appelé: j’ai gagné, on a gagné, je suis de l’autre côté! »

Seulement 18 mois séparent Elina de son frère. Les deux ont grandi ensemble et partagent depuis toujours le même réseau d’amis. Lorsqu’elle apprend son arrestation, le 11 février 2015, elle bascule, avec sa famille, dans un monde inconnu. Un univers a mille lieues de la vie de cette professeure des écoles spécialisée, installée à La Marne depuis 2010. « Les semaines précédentes son arrestation, il nous avait fait part de contrôles renforcés à son égard, de colis livrés à son travail qui étaient ouverts. Mais pas une seconde on n’a imaginé un tel scénario. »

Dans les jours qui suivent l’emprisonnement de son frère, Elina Barbereau part à Irkoutsk avec son père. Dans cette ville de Sibérie, ils rencontrent les amis de Yoann. Ils les aident à trouver un appartement, un avocat. Les suivent dans leurs démarches pour traduire et les aider à voir clair dans les méandres de la vie carcérale russe. « Les gens trouvent ça bizarre quand on en parle, mais il y a eu des moments drôles avec mon père, rigole Elina. À la prison, il y avait un magasin dans lequel ils vendent tout un tas de choses. Un jour, on a voulu offrir du poulet à Yoann, ça a été tout un sketch!On se demandait vraiment parfois dans quel mauvais film on avait atterri. »

Elina et Bernard Barbereau y restent un mois et demi. Ils s’assurent de la sécurité de Yoann et de sa défense. Ils y retourneront pour son procès, dans lesquels ils témoignent « même si on savait que ça ne servait à rien », pointe Elina.

Des contacts quotidiens

Puis il y a la première fuite, le 11 septembre 2016, et l’interminable attente, passée pour Yoann dans un studio de l’ambassade. « Il avait le droit de sortir dans la cour le soir, une fois les employés partis. Nous avons eu des contacts quotidiens avec lui durant tout son séjour ». Elina et ses parents l’informent en temps réel de leurs rencontres avec le Quai d’Orsay. « Nous y sommes allés une quinzaine de fois. Mais on nous faisait comprendre que l’issue n’était pas pour tout de suite. Depuis quelques mois, on sentait qu’il allait de plus en plus mal, qu’il ne faisait plus confiance aux autorités françaises pour le sortir de là. »

Ce « conte russe », comme l’a appelé Yoann Barbereau, a pris fin mercredi 8 novembre au soir. Yoann atterrit à Roissy. « On a passé une super-soirée au restaurant avec mes parents, un oncle, une tante, des amis de Yoann et son avocat. C’était génial, il nous a raconté son évasion, sa rencontre avec les loups! » Le lendemain, il rencontre le directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères. Puis enregistre son passage dans l’émission Envoyé spécial. Le vendredi, il arrive avec sa famille à Nantes.

« Vidée »

« Depuis, il y a un mélange de sentiments, confie Elina. A l’euphorie se mélange un sentiment d’avoir été vidée, tant la pression des derniers jours a été forte. Et puis ce n’est pas fini. Il faut maintenant obtenir la levée de la notice rouge d’Interpol et que la Russie se dessaisisse du dossier afin que la justice française puisse s’en saisir. Yoann a également saisi la Cour européenne des droits de l’Homme. Il souhaite faire condamner la Russie. Au fond, c’est ce que je n’ai jamais supporté: dans cette histoire, en premier lieu, c’est une petite fille qui a souffert. Et comme dans toute diffamation, il y a toujours des doutes qui subsistent dans la tête des gens. Des stigmates. Il faut que le nom de mon frère soit lavé de tout soupçon. »

Kate Stent

(1). Pour protéger les personnes qui ont aidé Yoann Barbereau dans sa fuite, la famille reste volontairement floue sur les dates précises de son évasion.

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Le Courrier du Pays de Retz, 24 novembre 2017
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