D’Irkoutsk à Nantes, Ouest-France, 10 novembre 2017

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D’Irkoutsk à Nantes, le périple de Yoann Barbereau pour fuir la Russie

Parti d’Irkoutsk (Sibérie) le 11 septembre 2016, le Nantais Yoann Barbereau a retrouvé, ce jeudi soir, sa ville de Nantes, sa famille et ses amis après un mystérieux périple de 8,000 km et 14 mois de clandestinité. Cet ancien directeur d’Alliance française était en fuite après avoir été condamné par la justice russe. Il était arrivé à Paris mercredi.

21 h 54, l’heure d’arrivée à Nantes du train de Yoann Barbereau. Au même moment, il est sur le plateau d’Envoyé spécial sur France 2. Un enregistrement fait dans l’après-midi par la chaîne qui avait programmé de longue date la diffusion d’un documentaire sur le « kompromat », ou la technique du complot des services secrets russes dont a fait les frais l’ancien dirigeant d’Alliance française à Irkoutsk en Sibérie.
2 h 30 son trajet en train depuis Paris. Mais c’est un voyage de 14 mois de clandestinité depuis la Sibérie, 71 jours de prisons, un internement psy qui s’achève en gare de Nantes où l’attendent sa famille oncles et des membres de son très actif comité de soutien.

Il les retrouve dans le crépitement des flash des photographes et les applaudissements. Des bravos aussi. Embrassades généreuses. Larmes de la famille. Comment il se sent ? « Très heureux, évidemment d’être à Nantes » mais aussi « comme quelqu’un qui sort de trois années très compliquées, de trois mois de prison, quelques mois en hôpital psy, d’un long séjour dans une ambassade tenue au secret. Je passe d’une situation de solitude profonde à vous tous et la foule! »

En hôpital psychiatrique

Arrêté par la police russe le 11 février 2015 à Irkoutsk, où il dirigeait l’Alliance française, il a été emprisonné pendant 71 jours avant d’être interné en hôpital psychiatrique puis assigné à résidence avec bracelet électronique et interdiction de communiquer avec l’extérieur.

La justice russe lui reproche des actes à caractère sexuel sur sa propre fille Héloïse (alors âgée de 5 ans), une accusation qu’il a toujours démentie. « Yoann a été victime d’un complot qui a été commandité », affirme sa femme Daria Nikolenko, dans Envoyé Spécial.

  

Condamnation à 15 ans de camp à régime sévère

Avant même sa condamnation à 15 ans de camp à régime sévère, il décide de prendre la fuite, estimant que son procès est pipé. Le 11 septembre 2016, il enveloppe son bracelet électronique de papier aluminium, place son téléphone portable dans un car puis disparaît sans laisser de traces.

Quelques jours plus tard, le fugitif poste un message sur Facebook, daté d’Oulan-Bator en Mongolie. « Il était caché en Russie pendant tout ce temps-là. La Mongolie, c’était un leurre », confie le journaliste de France 2 Tristan Waleckx, qui lui a longuement parlé à son retour en France.

Caché à l’ambassade de France ?

Selon France 2 et la radio France Bleu Loire Océan, le Nantais se serait caché à l’ambassade de France à Moscou. « Il ne peut donc pas mettre en cause le ministère des Affaires étrangères », a indiqué une de ces sources, sous couvert de l’anonymat, alors que Yoann Barbereau critique dans le documentaire diffusé jeudi une inertie du Quai d’Orsay dans le traitement de son dossier. « Il a eu plusieurs planques, il n’y en a pas eu qu’une », nuance toutefois Tristan Waleckx.

Yoann Barbereau aurait décidé de prendre la fuite il y a quelques jours, à l’insu des autorités françaises et russes, à la faveur d’un regain d’attention médiatique autour de son affaire.

La frontière traversée à pied

Aidé par « des citoyens russes engagés », il a rejoint un pays balte par ses propres moyens et traversé la frontière « à pied », selon Tristan Waleckx. Visé par une notice rouge d’Interpol, il a alors été arrêté par la police locale, qui l’a placé en garde à vue, avant de le laisser rejoindre la France.

Dans Envoyé Spécial, Yoann Barbereau dénonce un silence des autorités françaises. « La stratégie du silence dans mon cas, ça a été un échec, on le voit bien », estime-t-il. « On arrivait à une limite, où je n’étais plus du tout en confiance avec les autorités françaises, qui ont essayé d’agir, mais avec beaucoup de maladresse, d’inefficacité, en commettant des erreurs. Et à force de voir ça, je me suis dit qu’il fallait prendre mon destin en main », a dit Yoann Barbereau à son retour en France.

Il a été reçu jeudi avec son avocat au Quai d’Orsay. Ce dernier a réfuté toute inertie, soulignant avoir « régulièrement évoqué sa situation avec les autorités russes » et informé son entourage des actions entreprises. « Nous observons toujours la plus grande discrétion pour protéger au mieux les droits de nos compatriotes en difficulté à l’étranger », a indiqué le ministère.

Ouest-France avec AFP

 

 

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