Résumé

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L’affaire Yoann Barbereau

Yoann Barbereau est directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk (Sibérie), agent contractuel du Ministère des Affaires Etrangères, depuis janvier 2012, lorsqu’il est arrêté le 11 février 2015, à 9h, à son domicile. On recouvre sa tête d’une cagoule et on le conduit dans un lieu inconnu. Il est frappé et menacé durant toute la matinée, avant d’être présenté devant un officier d’instruction (« chef de l’enquête ») en début d’après-midi. Il est accusé de diffusion d’images pédopornographiques. Entre le 11 février et le 5 mars 2015, son épouse, et sa fille âgée alors de 5 ans, sont interrogées, harcelées et menacées.

En juin 2015, son épouse, qui avait quitté précipitamment la Russie, dénonce ces faits graves dans une lettre de dix pages adressée aux autorités judiciaires locales et fédérales. Une enquête interne blanchira les autorités de police et on retire à la mère son statut de représentant légal. L’enfant sera alors représentée par un travailleur social (qui ne l’a jamais rencontrée) tout au long du procès.

Yoann Barbereau est incarcéré à la prison centrale d’Irkoutsk du 11 février au 22 avril 2015.

Il est interné en hôpital psychiatrique afin d’y subir une expertise du 15 au 30 juin 2015.

Son procès s’est tenu un an après, de juin à décembre 2016.

De sa sortie de prison (le 22 avril 2015) jusqu’à sa fuite (le 11 septembre 2016), il a été assigné à résidence sous contrôle d’un bracelet électronique.

Le procès

Au cours du procès, Yoann Barbereau et ses avocats ont pu apporter des éléments techniques, objectifs et vérifiables, qui l’innocentent : notamment sa localisation géographique, loin de son domicile, au moment même où des mises en ligne étaient effectuées à l’aide de sa connexion Internet personnelle. Il ne peut à l’évidence être lui-même l’auteur de ces mises en ligne sur un site de conseils aux jeunes parents ! La justice russe l’accuse, en toute incohérence, au lieu de recevoir sa plainte.

Il a été prouvé que deux personnes, inconnues de Yoann Barbereau, sont intervenues auprès de son fournisseur d’accès Internet afin de modifier des paramètres confidentiels. De plus, des manipulations ont été détectées par un expert sur un de ses disques durs alors que celui-ci avait été placé sous scellés. Un film pédopornographique y a été introduit, probablement le 12 février, alors même que Yoann était en prison.

Aucun témoin ne l’a jamais accusé d’avoir commis des actes pédophiles. L’inculpation a été lancée à partir d’une photo prise à la sortie de la douche. Sur plus de 10 000 photos et vidéos appartenant réellement à Yoann Barbereau et stockées depuis vingt ans, l’enquête n’a pas trouvé d’autres images pour l’accuser.

Malgré ces démonstrations faites devant la Cour, convaincu (par une source de renseignement interne au tribunal) qu’il allait être condamné, que le jeu était joué d’avance et que le FSB était à la manoeuvre, Yoann Barbereau a fui une évidente mascarade.

L’Alliance française d’Irkoutsk inquiétée

De manière concomitante à son arrestation et tout au long de la procédure judiciaire, l’Alliance française d’Irkoutsk, certains membres de son personnel ou de son conseil d’administration ont été attaqués.

Quelques mois avant son arrestation, Yoann Barbereau avait envoyé un email dans lequel il s’inquiétait des tentatives d’intimidations de pseudo-douaniers retenant des colis destinés à l’Alliance française. Il y indiquait de manière claire que ces hommes avaient tout l’air d’agents du FSB. Pour la première fois à Irkoutsk, dans le cadre de ses fonctions, il avait ressenti une forme de menace. Le 11 février 2015, au moment même de son arrestation, l’Alliance française est perquisitionnée, la totalité du matériel informatique et certains documents sont saisis. Ils seront retenus pendant plus de six mois sans aucune justification. L’Alliance française a été attaquée de nouveau en septembre 2015 au sujet de l’obtention d’une licence d’enseignement, et condamnée un an après.

Pourquoi ?

Dès le jour de l’arrestation de Yoann Barbereau, l’Alliance française a été attaquée dans plusieurs articles locaux. Les membres du conseil d’administration ont été cités et stigmatisés. Dans la presse locale d’Irkoutsk, Yoann Barbereau est présenté comme un « diplomate français. »

Dans un article publié juste avant sa fuite, il a été décrit comme le représentant des « idées européennes perverses et immorales », qu’il s’agissait de combattre, avec pour illustration un montage photographique rassemblant sur une même image un doigt accusateur pointant vers son visage, une carte de l’Europe et un drapeau européen. La légende indiquait : « L’illusion de la civilisation. » L’auteur précisait que les Alliances françaises constituaient des couvertures pour les agents du renseignement français, et qu’il était logique qu’on en débarrasse Irkoutsk, tout comme on l’avait fait du British Council quelques années auparavant.

A ce jour, il est toujours difficile de comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire. Yoann Barbereau a-t-il été accusé pour l’exemple, arbitrairement, en raison de son poste de directeur d’Alliance française, d’agent du ministère des Affaires étrangères, par une mafia policière et juridique locale prête à tout pour obtenir quelques gratifications ? Qui gênait-il ? Pourquoi ? Une fois la machine lancée, il était en tout cas impossible pour les commanditaires de faire marche arrière.

Qui est à l’origine de cette affaire ?

Trois grandes hypothèses ont été émises par différentes sources pour expliquer la machination dont Yoann a été la victime.

1) Il s’agirait d’une vengeance et d’un coup monté par son épouse

2) Il s’agirait d’une vengeance et d’un coup monté par un mari jaloux.

3) Il s’agirait d’un coup monté par la police locale ou/et par le FSB local.

1) Concernant la première hypothèse, il apparaît aujourd’hui clairement que ceux qui ont monté l’affaire ont exploité une situation conjugale fragile (un divorce était envisagé) en pariant sur le fait que l’épouse pourrait, sous la pression, faire des dépositions exploitables. Cependant, en juin 2016, celle-ci a longuement décrit et dénoncé les menaces qu’elle et sa fille ont subies. Lors du procès, elle a continué à totalement innocenter Yoann. Par la suite, un des enquêteurs qui les avait interrogées elle et sa fille, a été condamné pour actes de torture dans une autre procédure.

2) La deuxième hypothèse a été relayée par un média local. Un article laissait entendre que la femme du chef du comité d’enquête régional avait entretenu avec Yoann une relation extraconjugale, ainsi que la femme de l’ancien maire de la ville, entre temps devenu vice-gouverneur. Un des deux maris se serait vengé, sinon les deux. L’hypothèse est fantaisiste mais significative. Il s’agissait d’exploiter le procès lancé contre Yoann (mais cette fois pour attaquer d’autres que lui). C’est un écran de fumée. Il ne fait aucun doute que le FSB local a tenté d’exploiter tout ce qui pouvait l’être dans la procédure lancée. Le FSB est également intervenu pour faire modifier en appel la décision d’un juge qui ordonnait de libérer Yoann de la contrainte du bracelet électronique (en octobre 2015). Le juge a alors été blâmé et le président du tribunal, limogé.

3) L’hypothèse la plus vraisemblable est que les autorités de police ou le FSB local lui-même ont monté cette affaire dès le départ, mettant en oeuvre des moyens techniques importants (surveillance, piratage et introduction de documents compromettants dans du matériel informatique) pour la fabrication de cette affaire visant à détruire la réputation d’une personnalité de plus en plus reconnue dans la ville. Le FSB et les autorités de police ont l’un et l’autre participé à la fabrication de cette affaire et à son exploitation.

Et maintenant ?

Yoann a fui la justice russe le 11 septembre 2016, refusant un procès parodique et la condamnation qui se profilait. Cette justice mafieuse qui se sert du droit international pour avaliser son forfait, a demandé et obtenu d’Interpol un mandat d’arrêt international.

En décembre 2016, Yoann Barbereau a été condamné à 15 ans de colonie pénitentiaire.

La volonté de Yoann est d’obtenir une condamnation de la Russie devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Une requête a été déposée par ses avocats.

A ce jour, Yoann Barbereau n’a pas recouvré sa liberté. Son sort dépend des actions diplomatiques. Notre objectif est d’obtenir la liberté de Yoann Barbereau : son retour en France et la levée de la notice Interpol.

 

 

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